Hier soir, j'ai vécu un moment très agréable. Hier soir, j'ai vu Emily Jane White en concert.
Je n'avais, jusqu'à très récemment, jamais entendu parler d'elle. Une écoute en travers de son premier album a achevé de me convaincre. Emily Jane est l'antinomie de la musique qu'elle joue. Souriante, enjouée, charmante, elle participe au plaisir qu'on a d'être là, devant elle. La musique d'Emily Jane White est, elle, sombre, mélancolique, grave ; on parle de dark-folk, c'est ridicule mais pourtant assez juste.
Guitare en bandoulière, cordes et piano qui suivent le tout, la jeune californienne navigue entre folk romantique, dépouillé et obscur - on pense à Chan Marshall - et folk aux relents de blues qui fleure l'americana de Dylan. C'est sur ce dernier cap que Emily Jane perd parfois l'auditeur. Car, là où elle touche, c'est lorsqu'elle s'installe derrière son piano. Fait rare pourtant et, au fur et à mesure du concert, on se prend à guetter chaque mouvement et espérer voir la belle abandonner sa guitare et rejoindre son clavier. Son premier effort offrait de beaux moments intimes avec juste nous, elle et son instrument. Il faisait surtout montre d'une qualité de songwriting prometteuse - avec le bouleversant Wild Tigers i Have Known, qui reste en concert comme en studio un moment véritablement envoûtant - faisant la part belle aux complaintes mélancoliques proches d'une Cat Power. Là où sur son second album, les mélodies deviennent plus difficilement lisibles et la longueur des chansons finissent par engourdir légèrement l'oreille et rendent le tout copieux, voire diffus. Emergent ici et là de très belles chansons telles Stairs, Frozen Heart ou l'entêtant titre éponyme, final du concert Victorian America. Ce second album est, donc, assez décevant, et pour ceux qui ne connaissent pas encore la jeune Emily Jane, je ne saurais trop vous conseiller de vous pencher sur le magnifique Dark Undercoat (à acheter ICI...) sorti en 2008. Malgré tout cela, hier soir, j'ai passé un moment très agréable. Car hier soir, j'ai vu Emily Jane White en concert.